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Aldébaran est une bande dessinée de science-fiction.

Jusque là ça paraît évident et peu original mais si on se donne la peine de s'y pencher de plus près, on pourra constater qu'elle se distingue de plusieurs façons du schéma traditionnel.

Première constatation, l'histoire se situe dans un futur pas trop éloigné ce qui permet déjà de s'identifier aux personnages. J'insiste là-dessus car un des points forts de cette série, c'est justement cette identification aux héros, assez rare en science-fiction.
Il s'agit d'une planète colonisée mais avec des références terriennes assez contemporaines d'où pas de surprise au niveau des vêtements, des habitations ou des véhicules et même à ce niveau on pourrait remarquer un petit côté rétro : dirigeable, chariot, ULM artisanal,...
D'autre part, le schéma politique est également (et malheureusement) assez semblable à ce qu'on peut connaître, par exemple en Amérique du Sud pour faire référence aux origines de Léo, c'est à dire un gouvernement totalitaire favorisant un certain extrémisme religieux.

Donc le lecteur n'est à priori pas trop surpris par l'environnement comme il pourrait par exemple l'être dans la série "Le Cycle de Cyann" de François Bourgeon où là, aussi bien les costumes que les coutumes, la politique, les habitations et la technologie sont vraiment très éloignés du schéma terrien actuel.

Je dirais même que s'il n'y avait pas le côté fantastique de la Mantrisse, on pourrait songer à une simple BD d'aventures présentant un groupes d'individus en rebellion contre la dictature au pouvoir. Mais là où Léo est très fort à mon avis, c'est dans la création de cette planète. Il la décrit comme une planète proche de la Terre mais présentant quelques différences assez nettes notamment au niveau de la faune. Il a réussi à imaginer une faune fictive mais très réaliste en nous la décrivant minutieusement et en nous donnant également tous les éléments géographiques nécessaires pour nous aider à bien savoir dans quel monde ça se passe. Tout cela assoit l'histoire sur une base solide qui a sans aucun doute dû l'aider à construire son scénario.

Les personnages sont attachants car vulnérables et sensibles. Ils sont confrontés à des événements bien trop importants pour leur jeune âge et le fait d'être coupé de tout, aussi bien du point de vue matériel que du point de vue des références (parents disparus, amis étranges, fausses idées de l'autorité,...) les force à se découvrir par eux-mêmes au travers de situations délicates à très dures en passant par des moments de tendresse ou par l'apprentissage des sentiments. Cet aspect-là aussi fait que cette série est pour moi plus "consistante" que d'autres oeuvres de science-fiction traditionnelles.

L'aspect fantastique, hormis la faune, est représenté par la Mantrisse, créature fabuleuse pouvant changer d'apparence au gré de ses intentions et là aussi, Léo nous propose quelques images jamais vues, impressionnantes par ce qu'elles montrent autant que par leurs proportions. Il faut avouer que le gigantisme dans un décor à priori habituel a toujours un fort impact sur le lecteur (Schuiten, Moebius, Druillet,...).

Après ces réflexions plutôt positives, il faut bien en arriver aux aspects moins réussis même s'ils sont peu nombreux.

En premier lieu, mais dans ce cas-ci bizarrement ça ne pose pas trop de problèmes, je pense que Léo a quelques difficultés avec les personnages humains qui manquent de souplesse ou d'expression même si on peut constater certains progrès entre le premier et le dernier album. La raideur dans les mouvements offre parfois un certain décalage par rapport aux situations et les visages figés semblent parfois rapportés sur la planche...drôle d'impression.

Un second aspect, mais là c'est peut-être voulu pour les séries à venir, c'est le manque d'explication concernant la Mantrisse, élément principal de la série. On a bien quelques idées proposées à la fin du cycle et on sait qu'un bureau d'études va être créé mais le lecteur n'en sait pas plus à ce stade...un peu frustrant.

Et enfin le troisième aspect qui aurait peut-être pu être développé, c'est la partie concernant l'emprisonnement de Marc et la survie de Kim et de sa soeur. On redécouvre les personnages après 3 ans sans savoir ce qu'ils ont vraiment vécus, même si on peut s'en douter. C'est une ellipse qui aurait mérité d'être investiguée car tout a changé pendant ce temps et on nous met devant un fait accompli. Idem pour le gouvernement, on nous en présente bien quelques personnages mais on ne sait pas grand-chose de plus : son origine, ses ambitions,...

Ceci dit, la lecture n'en souffre pas et on se laisse embarquer dans cette quête avec grand plaisir, en faisant des découvertes surprenantes et en y trouvant même un petit côté romantique comme dans les romans d'Aventure...avec un grand A...

 

Marc Guislain      

 

Janvier 2000, le nouveau cycle des Mondes d'Aldébaran a démarré avec Bételgeuse !